Témoignage de Thierry, 39 ans
Publié en septembre 2001
Pour contacter Thierry directement : baud.thierry@club-internet.fr

Militaire de profession j'ai été victime d'un traumatisme sonore aigu en décembre 1995 à la suite d'une séance de tir au fusil (absence de protections auditives).
Hospitalisé durant 10 jours j'en suis ressorti avec acouphènes bilatéraux et une perte à l'oreille gauche de -20 sur les 2000, -65 sur les 4000 et -80 sur les 8000.
J'ai pu continuer mon travail sur le terrain pendant 1 an et demi avant d'être réorienté vers des tâches administratives en bureau. En effet je devenais de plus en plus sensible au bruit, je n'étais plus à même de me servir d'une arme.

Mes acouphènes n'ont cessé d'augmenter au fur et à mesure que le temps passait. Ils se sont très nettement majorés sur l'oreille droite (l'oreille la moins touchée puisque après mon séjour en hôpital elle était revenue à la normale).

Je porte des générateurs de bruits blancs depuis avril 2000 sur l'oreille gauche et mars 2001 à l'oreille droite. Cette expérience avait bien débuté pour l'oreille gauche. Après 3 mois et demi de port je trouvais une amélioration quant à mon hyperacousie. Tout s'est arrêté quand en juillet 2000 j'ai fait en 3 semaines 3 surdités brusques sur l'oreille droite (les 3 se sont déclenchées en pleine nuit, sifflement très strident, perte de -50 db sur les 4000). Deux hospitalisations et les choses sont plus ou moins rentrées dans l'ordre. A chaque fois j'ai récupéré mon audition à droite dans les 10 heures 00 à peu près après la surdité.

Aucune explication n'a été avancée par les ORL. Personne n'a voulu rapprocher ces surdités brusques de mon trauma sonore de 1995. Mon ORL, une femme remarquable, à l'écoute des acouphéniques et hyperacousiques, a noté toutefois que mon trauma sonore avait vraisemblablement entraîné une fragilité cochléaire qui pouvait engendré de tel phénomène .

Je suis pensionné à hauteur de 10 % par les anciens combattants pour les acouphènes gauches. J'intente actuellement un recours devant le tribunal des pensions pour que soient indemnisés mes acouphènes droits (les anciens combattants ne veulent les reconnaître dans l'immédiat qu'à hauteur de 5%, donc zéro franc et pas de recherche de cause à effet entre le trauma sonore et ces acouphènes à droite). Je suis également pensionné à hauteur de 10% pour les troubles anxio-dépressifs qu'a engendré ce trauma qui a bouleversé ma vie professionnelle, familiale et sociale.
Quasi aucune sortie, acouphènes en constante augmentation, moral très aléatoire en fonction de l'état des sifflements (je suis sûr que je flirte avec presque 30 ou 40 db dans les oreilles).

Mes audiogrammes sont fluctuants; mon audition s'altère petit à petit. Sur les fréquences de la parole je navigue maintenant entre -20 et -30.

Mon accident est la résultante d'une négligence (absence de protection, stand de tir non conforme). Je n'ai rien intenté comme action en justice. Je suis resté à ma place et j'ai encaissé.

Je me considère comme survivant et non vivant. Beaucoup de choses ont perdu de leur saveur. J'ai peur de devenir sourd, d'avoir un autre trauma. La sensibilité au bruit est très gênante. J'évite les lieux bruyants, les réunions de famille ou d'amis. De temps en temps je fais un effort mais à chaque fois je le paye comptant : acouphènes en augmentation pendant plusieurs heures, voire plusieurs jours, sensation de paralysie du visage, maux de tête, nausées...

J'ai 2 enfants (7 et 4 ans) et j'ai du mal à faire tout ce que je veux avec eux. Interdit pour le père que je suis les réunions scolaires, les fêtes d'école...

Je prend du Rivotril à raison de 12 gouttes par jour (à mon sens inutile mais je m'y suis habitué et il n'y a rien d'autre).

Y aura t-il un miracle pour que cessent ces bruits ? On greffe des cellules sur le coeur, peut-on espérer en greffer un jour sur l'oreille interne pour lui redonner une jeunesse ????

Un ORL m'a dit un jour qu'il était criminel de toucher à des oreilles. Je crois bien qu'il avait raison. Et quand le crime est commis quelle galère pour faire reconnaître son préjudice...

Bon courage à tous ceux pour qui le silence n'existe plus. N'hésitez pas à me contacter. Je suis preneur de tous témoignages notamment en ce qui concerne les actions devant les anciens combattants.



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