Témoignage de Samy, 25 ans
Mis à jour en octobre 2001
Pour contacter Samy directement : samycovo@hotmail.com

Episode 1

Depuis l'âge de 13 ans, je suis un passionné de musique, en particulier le métal, une musique violente qui se joue vite et FORT. En juin 1996, j'ai vingt ans et je ne rêve que de fouler une scène micro ou guitare à la main et déverser un flot de décibels sur la foule en liesse.

C'est dans ce but que je rejoins un groupe pour auditionner en tant que vocaliste. A la répète, le son est assez fort, et tous les amplis sont tournés vers moi, je n'entends pas mes retours - donc je chante faux. A l'issue de la séance, mes oreilles sifflent mais je ne me fais pas de souci, je sais que c'est un phénomène normal qui cesse au bout d'un certain temps. Sauf que cette fois-ci, les sifflements restent, et puis je m'aperçois que je suis devenu sensible aux bruits - en particulier la musique, que je ne supporte plus du tout.

Un ORL consulté rapidement me dit qu'il n'y a rien à faire et que les sifflements sont une cicatrice indélébile. Quand à la sensibilité au bruit - ce qui me gêne principalement, il semble ne pas comprendre de quoi je parle. Plusieurs mois sans musique passent. Je suis désespéré.

Mais je dois me rendre à l'évidence : jamais plus je ne pourrai assister à un concert (dommage, je n'en avais vu qu'un jusqu'alors). Jamais plus je ne pourrai jouer dans un groupe.

Episode 2

5 ans plus tard, l'hyperacousie (c'est comme ça que s'appelle cette sensibilité au bruit mais je ne le sais pas encore) s'est atténuée suffisamment pour que je puisse écouter de la musique sur ma chaîne et les sifflements restent raisonnables. J'ai pris l'habitude de porter des bouchons dans les environnements bruyants (bars...) et j'assouvis ma passion pour la musique en animant une émission de radio.

Episode 3

Et puis, petit à petit, je me mets à ''oublier'' ma fragilité : je commence à monter le volume de mon autoradio, j'oublie mes bouchons à une séance d'écoute d'album en avant première. Et surtout je fais un séjour de 20 minutes dans un stade en furie, croyant être protégé par les bouchons.

Cette fois-ci, rebelote, mais c'est plus grave : outre des sifflements plus intenses, c'est le bruit de la vaisselle, les conversations animées, les rires qui deviennent désagréables. Je suis enseignant de mon métier, et le niveau sonore dans une classe peut-être assez élevé, les élèves s'exprimant en criant, sans compter les règles en métal qui tombent, les chaises, etc...

Bonjour l'ambiance ! A ce moment là, j'en suis à me demander quel est mon avenir professionnel. Heureusement, je découvre l'APTA et on me dirige vers un ORL compétent, qui me prescrit un médicament qui améliore mon état... temporairement. Il se trouve que l'hyperacousie se soigne mal en France. Pas de chance !

Pendant les pires vacances d'été de ma vie, passées enfermé dans mon appartement, je reprends un nouveau traitement, qui fait encore une fois effet. Je suis en mesure de reprendre les cours à la rentrée, à condition d'avoir des classes de lycéens (moins braillards et plus compréhensifs que les collégiens).

Aujourd'hui, il faut me rendre à l'évidence, je suis partiellement diminué. Je ne peux fréquenter ni les bars, ni les cinémas, ni la cantine de mon lycée, et toute réunion festive dont le nombre de convives dépasse huit personnes m'est pénible. Vivant dans la perpétuelle angoisse d'une nouvelle aggravation, je n'ose me projeter dans l'avenir. En fait j'ai l'impression de mener un combat permanent, dont les petites victoires consistent à réussir à ne pas être dans les couloirs du bahut pendant que la sonnerie retentit, ou encore à pouvoir écouter un disque en intégralité.

Tout ceci aurait-il pu être évité? Oui, avec une information suffisante, j'aurai peut-être réfléchi à deux fois avant de me balader dans des environnements bruyants sans protections auditives. Ou peut-être pas. Mais de la même façon qu'un fumeur sait ce qu'il encourt, un amateur de haut niveau sonore ne devrait-il pas être prévenu des risques ? (et pas seulement par sa mère : ''ça va te rendre sourd cette musique de sauvages''. Franchement, qui écoute sa mère ?).

Dans ce domaine, tout reste à faire...



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