photo du témoin

Témoignage de Jean-Christophe, 29 ans
Publié en décembre 2002

L'histoire commence en sortant d'une discothèque à Blois, en vacances, en août 2001. Comme souvent, j'ai les oreilles qui bourdonnent et je ne m'en inquiète pas... Sauf que le lendemain matin, je perçois un sifflement à l'oreille gauche, certes faible, mais inhabituel.
Dans la semaine qui suit, je consulte un médecin (une remplaçante) qui m'avoue son impuissance et me recommande d'aller voir un ORL... chose que je fais à la fin de la semaine. Malheureusement pour moi, nous sommes le vendredi 16 août, il est 18h, je patiente pendant 2h30 dans la salle d'attente quand l'ORL m'accorde 10 minutes pour me faire un audiogramme (sans me donner la feuille de résultat !!!!), me dire que je n'ai pas de perte d'audition, que j'ai de la chance, que ça va se passer, que je dois pas m'exposer au bruit... "A quel niveau de bruit, pendant combien de temps ?". "Ne vous exposez pas au bruit..." me répète-il... Je repars donc rassuré avec du Sermion à prendre matin et soir...

Le lendemain, après avoir écouté de la musique dans un hangar (on préparait un anniversaire), je sens que mon acouphène (maintenant, je connais le nom) augmente. Pourtant le son n'était pas très fort, mais je repense à la phrase de l'ORL de la veille...
Je rentre donc de vacances angoissé et consulte une autre ORL. Re-audiogramme (cette fois avec la feuille de résultat), toujours pas de perte d'audition, mais arrêt du Sermion, et prise de Vastarel et de corticoïdes (enfin !!!!). Et surtout, cette réponse terrible à la question "Combien de temps ça va durer ?". "Ca peut durer toute la vie...". Je ressors donc dépité du cabinet et le cauchemar commence...

Mon acouphène augmente, j'en perçois maintenant aux deux oreilles et je commence à être gêné par les bruits forts, puis à avoir mal. Je prends alors contact avec l'APTA qui me conseille de voir rapidement un ORL de la région parisienne qui prescrit des hospitalisations avec perfusions de vasodilatateurs. Une semaine après, je rentre en clinique, d'où je ressors six jours plus tard. Mais comme me l'avait dit l'ORL, j'ai suivi ce traitement un mois après le traumatisme, et les chances d'amélioration sont fortement diminuées... Effectivement, mon état ne s'améliore pas et je commence à tomber dans la dépression.

Pendant un mois, je ne pense qu'à ça, chez moi, au travail... Le soir, je prends un somnifère. Jusqu'à ce que j'aille voir mon médecin qui me prescrit un antidépresseur. Quelques jours seulement après le début du traitement, je ressens les effets. Certes mes acouphènes et mon hyperacousie sont toujours là, mais j'arrive à en faire abstraction et à me concentrer sur mon travail... Bref, je retrouve goût à la vie.

Cette situation dure maintenant depuis un an et demi. J'ai passé le cap du : "Je vais vivre avec ça toute ma vie !!!!" ou bien "Est-ce que ça va empirer au fil du temps ?". Je me suis habitué aux acouphènes. L'hyperacousie est plus gênante, c'est un véritable handicap qui a changé ma vie : je ne peux plus manger à la cantine, je ne vais plus au restaurant, au cinéma, en soirée, je mets des bouchons en voiture pour aller travailler... Dans mon cas, ce ne sont pas vraiment les bruits forts qui me gênent, mais les brouhahas, l'accumulation du bruit de la journée... Certains soirs, regarder la télévision, même à très faible volume, me fait mal... Chaque exposition à du bruit augmente mes acouphènes pendant une certaine durée et je vis toujours dans l'angoisse d'un nouveau traumatisme...

J'ai essayé plusieurs thérapies : étiopathie, acupuncture, homéopathie, toutes sans effets...
J'ai cependant la chance d'avoir une famille qui m'a soutenu et qui me soutient toujours. J'ai également la chance de travailler dans un endroit calme avec des collègues compréhensifs.
J'ai attendu plus d'un an avant de témoigner, car je ne voulais pas une réaction "à chaud". Après tout ce temps, ce que je souhaite dire aux personnes qui viennent de subir un traumatisme, c'est qu'on peut sortir de la période de dépression qui suit généralement, que les médicaments, notamment les antidépresseurs ou le Rivotril que je prends régulièrement sont efficaces, que la vie ne s'arrête pas, mais qu'elle change et surtout, que l'espoir de guérison demeure...
Ce que je souhaite dire aux personnes qui n'ont pas subi de traumatisme : n'allez plus en boite de nuit, ni à des concerts...



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