Témoignage de Frédéric, 31 ans
Publié en octobre 2001

Samedi 25 novembre 2000, dans la salle d'attente de l'ORL . J'ai des sifflements dans les oreilles, cela arrive de temps en temps à mon travail quand les palettes sont jetées au sol . Cela fait comme un coup de fouet entre les oreilles au moment de l'impact et ça résonne dans les chambres froides pendant plusieurs secondes.
D'habitude ces sifflements disparaissent au bout de quelques minutes voir quelques heures au pire. 4 Jours que cela dure, ça fait long, c'est peut-être plus grave que d'habitude, (saleté de palettes) me dis-je.

Après 1 audiogramme et quelques questions relatives aux circonstances dans lesquels sont survenus mes sifflements, l'ORL me dit :
- Vous souffrez d' acouphènes , accompagnés d' hyperacousie et une perte d'audition de 15db à chaque oreille, vous avez 2 solutions ;
- soit je vous prescris un traitement par médicaments dont l'efficacité est "moyenne ", et qui durera 3 mois.
- soit l'hospitalisation, 1 semaine en clinique sous perfusion "cocktail à base de corticoïdes vasodilatateurs", les chances de guérison sont alors de 70%.
Il ajoute : si vous vous décidez pour l'hospitalisation, je vous fais rentrer de suite.
Franchement je ne m'attendais pas à ça. Je repars chez moi déboussolé par ce que je viens d'entendre.
J'en discute avec ma femme et nous prenons la décision de tenter la solution la plus efficace , je me sens coupable, je la laisse se débrouiller avec nos 2 enfants sur les bras (3 ans et 1 an) pendant que moi, je vais me reposer dans une clinique.

Une semaine plus tard, après avoir fait bilan sanguin, écho-doppler, scanner, IRM et 1 deuxième audiogramme, il apparaît que tout est normal et que je n'ai aucun problème circulatoire, est-ce une bonne nouvelle ? non, pas vraiment, mes acouphènes sont dus à un traumatisme sonore (maudites palettes) me dis-je.
Cela va faire bientôt 1 an, j'en suis à mon 3ième traitement, je le fais sans réel espoir de guérison.
Depuis 1 an, je travaille avec des obturateurs en silicone dans les oreilles , je les mets également dans tous les lieux publics : en ville, en balade, au sport, au supermarché et même quand je vais conduire mes enfants à l'école.
J'ai eu une période ou je n'arrivais plus à trouver le sommeil me focalisant sur mes sifflements, cela m'arrive encore de temps en temps, quotidiennement mes sifflements me réveille entre 3 à 6 fois le nuit .
Il y a quelque temps, j'ai décidé d'arrêter la moto et de revendre ma machine.
Dés que j'excède 70km/h les turbulences dans le casque, pourtant faible à cette allure, deviennent insupportables et menacent d'augmenter mes acouphènes et mon hyperacousie.

Lundi 15 octobre 2001, la chute d'une bouteille en verre sur le carrelage vient d'augmenter mes acouphènes , cela m'a fait mal, vraiment mal, et j'ai peur que ces sifflements augmentent dans le temps. S uis-je à la merci de chaque son trop fort, chaque claquement de porte, chaque cri, chaque pleur ?
Vais-je devoir porter mes obturateurs 24h/24h afin de ne pas être agressé constamment et voir mes acouphènes s'amplifier ? La semaine de travail qui a suivi cet événement a été pénible, fatiguante mentalement et moralement. J'ai de plus en plus de mal à supporter le bruit dans lequel je travaille et ce même en portant mes obturateurs, je pense sérieusement à changer de métier , je vais en attendant porter un casque antibruit en plus de mes obturateurs , il faut absolument que je trouve un travail beaucoup moins bruyant, je crains de ne pas pouvoir le supporter.

Les acouphènes et l'hyperacousie influent énormément sur le comportement, ils vous rendent dépressif, agressif, intolérant, et même parfois violent envers ceux qui ignorent ou qui n'ont pas conscience de votre handicap.
Il y a quelques mois, ma famille ; femme et enfants, a failli voler en éclat.
Je ne supportais plus rien. Ni le moindre objet qui tombait par terre, ni les pleurs ni les cris de joie de mes filles.
Désormais, nous nous efforçons de vivre normalement en prenant toutefois de multiples précautions pour ne pas accentuer mes sifflements.
J'essaye "d'apprivoiser " mon stress, mes angoisses, ma colère, ma frustration, mon anxiété que m'occasionnent mes acouphènes et mon hyperacousie.
Ma femme me soutient dans mes efforts, m'encourage et fait preuve de compréhension, H je t'aime.
J'ai l'impression que même mes filles se sentent concernés, elles sont moins bruyantes dans leurs jeux et s'ils leur arrivent de faire tomber quelque chose, elles se tournent vers moi et cherchent dans mon regard du pardon, et n'y voient plus de colère.
Récemment, ma fille de 4 ans a dit à sa mère : " Papa n'est pas là, alors on peut faire du bruit ", il lui arrive même de m'imiter en mettant ses mains sur ses oreilles si sa s½ur se met à pleurer. Cela me rend triste de savoir que mes enfants puissent en souffrir.

Vous qui lisez ces lignes, si vous n'êtes pas acouphénique et si vous connaissez des personnes qui en souffrent, soutenez-les, faites preuve de compréhension et surtout ne vous exposer pas à des niveaux sonores dévastateurs.

Aux acouphéniques, ne baissez pas les bras, ne vous isolez pas, et gardez espoir en attendant un traitement efficace.



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