Témoignage de François, 32 ans
Publié en avril 2002
Pour contacter François directement : f.31@wanadoo.fr

Toulouse le 21 septembre 2001 à 10H15, je suis dans la salle des professeurs de mon établissement scolaire. Soudain, une déflagration semble venir de l'étage du bâtiment puis l'ordinateur et les lampes s'éteignent... le temps de s'interroger du regard avec les collègues présents qu'une seconde explosion a lieu avec une telle violence que vitres, fenêtres et cloisons volent en éclat.

Nous sommes 10 jours après l'attentat de N.Y., la première idée qui me vient est celle d'une bombe dans l'établissement. Les élèves se précipitent dehors (certains sont bloqués dans leur salle à l'étage car des cloisons se sont soulevées et empêchent les portes de s'ouvrir). Dehors c'est la panique, les mères des élèves (présentes sur le marché à quelques mètres ) arrivent en criant... Je lance un regard vers le sud et comprend tout de suite que c'est AZF qui a sauté en apercevant un immense nuage rougeâtre se diriger vers nous... Les élèves quittent l'établissement (pas de confinement possible), le nuage se rapproche....Tout d'un coup une pluie de boue nous recouvre puis c'est le gazage...

Deux semaines plus tard, les élèves sont pris en charge sur différents sites (le collège doit être reconstruit et est inutilisable pour une durée de deux ans environ) ; à cette occasion sur certains sites des médecins scolaires pratiquent des tests auditifs et visuels. Quelques élèves présentent des pertes auditives, ce qui est aussi mon cas (environ 25 dB à l'oreille droite à 2 kHz). Le lendemain, je me rends chez mon médecin traitant pour faire une déclaration d'accident du travail, il m'envoie chez un ORL. Seul problème : 2 semaines d'attente pour un RDV, entre temps pas de traitement. Un mois après l'explosion, j'ai donc enfin un RDV chez l'ORL qui confirme la perte au niveau de l'oreille droite mais entre temps l'oreille gauche présente un scotome similaire. Il me prescrit un traitement à base de vasodilatateurs et de corticoïdes. Quelques temps après apparaissent des acouphènes. Aujourd'hui, la perte auditive semble stabilisée, les acouphènes sont toujours là ainsi qu'une hyperacousie modérée. J'ai également une douleur vive dans l'oreille droite qui se manifeste pendant environ deux semaines puis se fait oublier et revient...

Ce qui semble surprenant par rapport aux témoignages lus au sujet des traumatismes auditifs c'est que dans le cas de tous mes collègues qui souffrent à l'heure actuelle des mêmes maux, les symptômes ne sont apparus qu'un ou deux mois après l'explosion.

Est-il normal qu'à l'heure actuelle des centaines voire des milliers de toulousains souffrent de troubles auditifs, alors qu'aucune autorité a mis en garde des risques irréversibles encourus en l'absence de tout traitement rapide ?

Est-il normal que ces mêmes victimes se retrouvent seules et que très peu d'entre elles seront indemnisées? Il est vrai que la majorité de ces personnes de conditions modestes ne se sont pas ou peu préoccupées de leurs oreilles ou celles de leurs enfants tant elles étaient choquées psychologiquement et ce d'autant plus que leur logement était dévasté ( 25 000 logements endommagés sur Toulouse).

MERCI TOTAL FINA ELF et compagnie...



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