Témoignage de Carole, 33 ans
Mis à jour en mars 2001

Je suis allée de nombreuses fois en concerts depuis l'âge de 17 ans, mais rarement en boîte de nuit. A la fin des concerts (de rock en général), et bien que toujours loin des enceintes, j'ai toujours entendu des sifflements pendant plusieurs heures. Mais j'ai toujours pu m'endormir et, au réveil, il n'y avait plus rien.

Le concert qui a tout declenché se passait Salle de la Cité à Rennes en mars 1998. C'était un concert de l'Orchestre National de Barbès. J'étais assez fatiguée et tendue ce soir là. Le son n'était pas plus fort que d'habitude en apparence, mais je me suis tout de même bouché les oreilles la plupart du temps. En sortant, je souffrais d'acouphènes extrêmement violents dans les deux oreilles. Je n'ai pas pu dormir une seule minute pendant 5 jours consécutifs, et pas plus d'un quart d'heure par nuit pendant les trois semaines qui ont suivi !
Un vrai cercle vicieux. Pas de sommeil, sifflements terribles. J'ai totalisé 5 bruits différents, localisés dans une des 2 oreilles ou dans la tête : frigo, cocotte minute, alarme de voiture, tuyauterie, fuite de gaz... une vraie cacophonie ! Et la peur de vivre avec ça toute ma vie. Focalisation en permanence sur les oreilles. J'ai cru me foutre en l'air.

Pour "casser" ces insomnies très invalidantes, j'ai eu plusieurs médicaments différents pendant les premières semaines : somnifères puissants, anti-dépresseurs, anti-épileptiques. Jusqu'à me sentir très mal avec ces molécules, moi qui n'avais jamais rien pris auparavant. Arrêt total de l'ensemble. Crise de "sevrage" accompagnée d'une crise de panique.
Bilan : une semaine d'hospitalisation en hôpital psychiatrique. J'ai suivi alors eu un traitement à base d'anxiolytiques + anti-dépresseurs (très légers) pendant 1 an. J'étais devenue l'ombre de moi-même... Puis j'ai commencé à dormir par tranches d'1 heure et demi, avec un walkman sur les oreilles pour essayer de ne pas entendre ces bruits, que j'entendais en fait toujours. Pendant plus d'un an, je me réveillais 4 à 5 fois par nuit et je ne dormais pas plus de 5 heures dans la nuit.

J'ai tout vu : des ORL que je n'intéressais pas (sic), des homéopathes bidons, un facsiathérapeute (le seul qui m'ai fait du bien), des neurologues ; j'ai même fait de la sophrologie, de l'ostéopathie... Certains médecins (ignares) m'ont traitée de façon vraiment stupide : "C'est rien, juste une crise d'épileptie, ça va vous passer d'ici quatre (pas cinq) jours". N'importe quoi ! J'arrive chez l'ORL au bout d'une semaine de non sommeil total, je pleure quand je lui explique ce qui m'arrive, et il me dit de revenir une fois que j'aurais soigné ma dépression !!! Jamais il ne s'est dit que ça pouvait me crever ces bruits dans la tête !

Tout cela m'a obligée a abandonner complètement ma thèse pendant plus d'un an.

J'ai tout de même suivi une thérapie pendant 1 an chez un psychiatre. Je n'ai jamais vu le rapport avec mes acouphènes, mais j'ai fait une belle dépression, je le réalise aujourd'hui.
Mais ce suivi n'a pas été négatif. J'ai pu réaliser que la sortie du trou dans lequel j'étais tombé ne pouvait venir que de moi. Bref, je me suis secouée, en prenant exemple notamment sur une amie proche très dynamique.

J'ai arrêté les médicaments depuis l'été 1999. J'ai toujours plusieurs acouphènes. Ils n'ont pas disparu, mais ont quand même baissé d'intensité. Cependant, je pense que mon cerveau ne les interprète plus comme avant. Je me suis focalisée au cours de mois qui ont suivi sur d'autres problèmes de santé (problèmes visuels consécutifs à la grosse fatigue due à l'insomnie provoquée par les acouphènes). Progressivement, j'ai décroché mon écoute des acouphènes. J'ai modifié mon approche en acceptant ces bruits comme partie intégrante de moi-même.

Actuellement je dors mieux. Mais je n'ai jamais retrouvé mon sommeil de marmotte. J'ai le sommeil très léger, mes acouphènes me réveillent encore. Mais ils n'engendrent plus d'état de peur (est-ce qu'ils vont continuer à la même intensité, parfois terrible ? Ce nouveau bruit va t'il lui aussi persister ?) : je me rendors. Mon mode de vie est redevenu normal, ne souffrant plus d'hyperacousie.
Je supporte à nouveau le bruit d'une unité centrale, les cris des enfants, je vais au cinéma (avec des bouchons d'oreille). J'ai seulement adopté une autre hygiène de vie : j'évite les bars, les concerts non acoustiques, les travaux dans la rue, les manifestations et leurs pétards, les vieilles télévisions et leurs sifflements intenables et... les dîners trop lourds ! J'ai pu reprendre une activité, confiance en moi. J'ai fini par passer ma thèse, trouver un boulot. Tout ça m'a permis d'aller beaucoup mieux... Mais ce qui m'a sortie du marasme, c'est certainement d'avoir accepté ces bruits comme m'appartenant. J'ai decidé de ne plus les rejeter, de ne plus lutter contre moi-même en fin de compte, même si je ne peux pas totalement les ignorer. Cependant, je suis consciente d'avoir de la chance, car tout le monde n'a pas une évolution positive de ces acouphènes et/ou hyperacousie.

Je fréquente pas mal de musiciens (à Rennes, ça ne manque pas), dont certains sont confrontés depuis peu à ce problème. La plupart le vivent très mal. Beaucoup n'avaient jamais entendu parler des risques d'acouphènes et d'hyperacousie, jusqu'à ce qu'ils soient atteints eux-mêmes. D'où l'intérêt des témoignages et de la prévention.
Mais les mauvaises habitudes et les idées reçues sont nombreuses. Tant que "ça fait nul" de mettre des bouchons dans les oreilles quand on joue soi-même, tant que l'on croie que cela n'arrive qu'aux autres, tant que cela fera tarte de trouver la musique trop forte, il sera difficile de faire passer le message !
Avec les raves, les concerts de plus en plus forts, le cercle vicieux "j'entends moins bien" (sans le savoir le plus souvent) donc "j'écoute plus fort", le problème se pose et se posera de plus en plus.



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