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Témoignage d'Arnaud, 27 ans
Publié en janvier 2002
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Beethoven était sourd, Keith Richards aussi

Si aucun ingénieur du son n'accompagnait les Rolling Stones dans leur tournée, ceux-ci se montreraient bien incapables de servir un son potable au public de leur concert. Pourquoi ? Ce n'est pas une question de compétences et je suis sûr que dans sa jeunesse, Keith Richards n'avait besoin de personne pour régler ses Vox et ses Marshalls. Seulement voilà... à force d'avoir joué tant d'années à côté de murs d'enceintes déployant plusieurs dizaines de milliers de Watts, le guitariste des cailloux a les oreilles complètement bousillées.

Non seulement, il entend les sons moins fort que tout un chacun mais il n' entend plus certaines fréquences du spectre sonore.

Ainsi, s'il devait aujourd'hui régler lui-même la sono d'un concert, Keith Richards aurait une fâcheuse tendance à pousser les aigus bien au-delà du nécessaire et le son qui en résulterait agresserait, sans qu'il s'en rende compte, les milliers d'oreilles saines du public venu le voir.

Et ce n'est pas là un exemple isolé : les trois quarts des musiciens professionnels souffrent du même problème à différents degrés de gravité.

Si Sting ne se plaint que d'avoir les oreilles qui bourdonnent et qui sonnent continuellement, le batteur de Venom, un groupe de Thrash légendaire, n'a plus qu'une seule oreille valide, le tympan de la seconde ayant littéralement explosé lors d'un concert.

Ce sont les risques du métier, me direz vous, et il n'y a rien d'étonnant à ce que des professionnels de la musique, exposés continuellement au bruit, perdent de l'audition. Certes, mais vous devez savoir qu'il n'est pas nécessaire d'être exposé des années au bruit pour perdre de ses capacités auditives.

On n'est pas obligé d'être milliardaire pour s'éclater les oreilles

Vous avez peut-être vu ce reportage où l'on découvre un type de 25 ans qui s'est ruiné les oreilles en allant simplement à un concert de U2. Lui qui projetait d'être professeur de guitare en est réduit à ne plus supporter le bruit de son trousseau de clés lorsqu'il ouvre la porte de son appartement. En taxi, lorsque la voiture passe sur une chaussée pavée, il doit se tenir les tympans pour atténuer la douleur qui le saisit. Et bien entendu, exit la guitare, exit les répets avec son groupe et exit l'écoute de CD sur sa chaîne si elle dépasse la limite d'un quart d'heure à très, très faible volume.

Dans des proportions moins graves, je me suis moi-même abîmé les oreilles. C'était au Printemps de Bourges avec des amis :

Le premier soir, concert de trois heures avec Franck Black, PJ Harvey et un obscur groupe pop. C'est bien, on s'amuse, on dort au camping municipal et l'on se rend au plat de résistance le lendemain soir : concert de trois heures avec Almighty, Machine Head et Suicidal Tendencies.

Almighty était déjà fort, mais Machine Head nous a littéralement cloués au mur. Le son arrivait en déflagration et la quasi-totalité du public semblait écrasée sur son siège par la masse sonore. La double grosse caisse du batteur plombait comme une DCA et nous donnait l'impression de recevoir des coup d'épaules dans le thorax, de comprimer nos glottes. Le son était si fort qu'on ne percevait aucune distinction de notes ou de timbres entre les instruments.

Après un tel magma sonore, Suicidal Tendencies nous a paru être de la musique de chambre... En sortant du concert, nous avions chacun les oreilles qui sonnaient et bourdonnaient. Normal, se disait-on, " ça fait ça après chaque concert et ça revient un ou deux jours après... "

Normal, oui, sauf que plus de trois ans après, sur les quatres que nous étions, trois ont encore les mêmes sifflements et bourdonnements.

Sexe, mensonges et acouphènes

(en fait, sexe, c'est juste pour vous faire lire la chronique poignante d'un homme sacrifié sur l'autel de la pollution sonore)

Ce n'est rien de catastrophique (Les audiogrammes montrent qu'aucun de nous n'a perdu d'audition) mais c'est juste assez emmerdant pour vous gâcher l'existence car, en plus des sifflements continuels avec lesquels on apprend a vivre, on développe une hypersensibilté au bruit qui conditionne pas mal la façon de vivre :

Fini les concerts, le walkman, et le son Dolby Surround THX du cinéma à moins de mettre des bouchons anti-bruits en mousse ou des boules Quiès.

Croyez-moi, on comprend à ce moment ce qu'est la pollution sonore quand le moindre petit bruit devient une agression : un train qui grince en s'arrêtant, un klaxon, le bruit usant d'un moteur de voiture pendant trois heures de route, le vacarme de la foule dans un centre commercial, sans parler de la musique de fond que balancent les supermarchés, cafés ou restaurants, parce que, les experts en marketing sont formels, monter le son, ça encourage le quidam à consommer.

Cette hypersensibilité nuit même aux rapports sociaux : comme on change de trottoir pour éviter un marteau-piqueur, on décline l'invitation à la megateuf du nouvel an, on esquive l'enterrement de vie de garçon d'un pote parce qu'il le fête en boîte, et quand on vient bouffer chez des amis, soit on passe pour les lourds de service en demandant tout le temps de mettre la musique d'ambiance " un tout petit peu moins fort ", soit on passe sa soirée sur le balcon en prétextant qu'on prend l'air par -5°, soit on ferme sa gueule et le lendemain, les sifflements redoublent tandis qu'on a la désagréable impression d'avoir les oreilles irritées, comme si un lutin les avait frottées trois heures (180 minutes !) avec un coton tige.

La question des gens est toujours la même : " Ca ne se soigne pas ? "

Non, ça ne se soigne pas. L'homme marche sur la lune, il clone des brebis, greffe des avant-bras mais ne sait pas guérir les problèmes d'acouphènes car, comme disent les nombreux ORL que j'ai vus, " ces problèmes sont dus à la destruction de cellule dans l'oreille et cette destruction est irréversible. " Super !

Mais que faire alors ?

Je n'écris pas pour me plaindre mais parce que la seule solution à ce problème, c'est de le prévenir : Prenez des précautions, des PRE-CAU-TIONS !

Les producteurs et les groupes se foutent royalement de votre état de santé tant que vous payez votre place. Ne soyez pas confiant dans les institutions et dans les responsables qui vous assurent que les mesures ont été prises, en évoquant une loi censée limiter ce type de problème.

La loi existe bien, elle est récente, mais personne ne la respecte : Tous les soirs, la plupart des boîtes de nuits passent outre la limite sonore fixée par la loi, parce qu'une nouvelle fois, marketing oblige, ça fait vendre des entrées.

Ne pensez pas non plus être à l'abri parce que vous n'écoutez pas telle ou telle musique bruyante et lui préférez une musique plus cool. Pour peu qu'ils soient sonorisés à 130 db, Metallica, Daft Punk, NTM ou Gilbert Bécaud vous éclateront les oreilles de la même manière.

Aussi prévoyez d'avoir toujours sur vous une paire de bouchons anti-bruit en mousse lorsque vous vous rendez à un concert ou une rave. Et si vous sentez que c'est trop fort, n'hésitez pas à les mettre, même si vous devez passer pour une chochotte auprès des autres.

Deux paires de ce type de bouchons coûtent 12 francs en pharmacie. C'est pas cher, c'est réutilisable à loisir et ça vous permettra d'éviter bien des désagréments par la suite.

Quant aux musiciens qui ne peuvent jouer en se servant de ces protections parce qu'elles les empêchent d'entendre correctement certaines fréquences, ils peuvent se rabattre sur des bouchons plus évolués qu'un prothésiste spécialisé leur fera sur mesure pour 500-600 francs.

De nombreux musiciens les utilisent et en sont satisfaits puisqu'à l'inverse des BABS (Bouchons Anti-BruitS), ils restituent l'intégralité du spectre sonore et ne modifient que le volume du son.

Par ailleurs, laissez vous le temps de récupérer quand vous avez été exposé à un niveau sonore élevé. 48 heures ne sont pas de trop pour laisser vos oreilles se remettre en place. L'un de mes amis s'est ruiné les oreilles parce qu'il avait enchaîné en une semaine les Monsters of Rock à Vincennes, Scorpions à Bercy et Renaud au Zénith. A lui, les médecins ont prédit qu'il perdrait peu à peu l'ouïe. Cool !

Conclusion

Je sais, j'ai l'air d'un rabat-joie, d'un emmerdeur qui chipote et dramatise, mais sachez que je me suis mis à la MAO (musique assistée par ordinateur) en partie parce que je ne pouvais plus supporter le bruit d'une répétition (Ah ! Les coups de cymbales qui vrillent les tympans...) et que malgré tout l'intérêt que je porte à mon ordinateur, ça me manque...

Et puis, un dernier regret pour conclure : celui de n'avoir pas pu rester plus d'une demie heure à l'Olympia (ancien modèle) lors d'un concert de Jeff Buckley parce que mes oreilles ne supportaient pas un niveau sonore pourtant fort acceptable pour le commun des mortels. Maintenant qu'il est mort, je sais que même si on me greffe des oreilles de brebis, je ne pourrais plus jamais l'entendre live. Les caisses...

Si vous voulez en savoir plus sur les acouphènes, l'hyperacousie ou si vous voulez vous mobiliser pour préserver l'avenir de vos oreilles, n'hésitez pas à visiter également le site de France Acouphènes.

Enfin, pour ceux qui sont déjà victime d'acouphènes ou d'hyperacousie, rendez-vous sur l'Espace Audition pour en savoir plus sur les protections sur mesure qu'on peut se procurer chez un spécialiste.



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