Témoignage d'Anna, 21 ans
Publié en janvier 2001
Pour contacter Anna directement : anna-nguyen@wanadoo.fr

J'ai été victime d'un traumatisme sonore lors du concert du groupe de rock Radiohead, qui se tenait au mois de septembre 2000 sous un chapiteau dans la ville de Saint-Denis. Comme après chaque manifestation bruyante, mes oreilles sifflaient très fort, sauf que les sifflements ne se sont plus arrêtés...

Ma soeur jumelle qui m'avait accompagnée n'a pas eu de séquelles, alors que nous étions côte à côte pendant tout le concert, situées à quelques mètres du chanteur mais relativement éloignées des enceintes qui étaient sur le côté. C'est seulement au bout du deuxième jour que j'ai réellement été inquiète : les sifflements étaient tellement forts que je ne pouvais plus me concentrer pour lire ou pour écrire (je suis en licence de lettres), regarder la télévision ou encore parler normalement avec mes proches. Quand je suis sortie pour poster une lettre, j'ai failli m'évanouir en entendant le bruit des camions et des voitures qui défilaient sur la départementale. Le RER m'était devenue une véritable torture, et pas seulement en période de pointe (j'habite en banlieue mais vais en fac à Paris). J'ai souffert de ce qu'on appelle l'hyperacousie pendant environ dix jours.

Alertée par mon état, mon père m'a emmenée aux urgences ORL du CHU de Lariboisière le quatrième jour. Nous étions un dimanche, inutile de dire que l'attente a été très longue. Enfin, une jeune interne m'a examinée.Verdict : acouphènes bilatéraux dûs à un traumatisme sonore, et examen audiométrique à effectuer de toute urgence. Elle m'a ensuite prescrite du Rivotril, que l'on donne pour les cas d'épilepsie, « pour que je dorme », et des corticoïdes. Le lendemain,j'ai vu un autre ORL, qui m'a diagnostiquée une chute d'audition sur 6000Hz et m'a déconseillée le Rivotril au profit de vasodilatateurs en comprimé. Je suis partie rassurée, mais au bout d'un mois,je suis revenue car aucune amélioration n'était survenue.

C'est à ce moment là que j'ai trouvé de l'aide sur le forum de France Acouphènes, où l'on m'a fortement conseillée d'agir au plus vie et d'essayer notamment des séances de caisson hyperbare, qui consistent à réoxygéner l'organisme (pour mon cas l'oreille interne). Après moult épisodes, j'ai pu suivre sept séances de caisson au CHU du Val de Grâce début décembre 2000. Mais ma situation ne semblait pas aller mieux. C'est dix jours exactement après la fin de séances, que j'ai pu constater une nette baisse de mes acouphènes avec une stabilisation notable. Aujourd'hui j'ai repris espoir, mais je suis encore sous traitement pendant trois mois.Cependant mes acouphènes ne partiront que de façon très progressive et je ne les verrai pas de sitôt "tirer leur révérence"...

On peut dire que ma vie n'est plus la même : outre le fait de ne plus aller en soirée ou en concert, j'ai du me résigner à arrêter définitivement l'alto, que j'ai pratiqué pendant dix ans, et ne plus écouter de musique qu'à volume très bas et très modérément (pas plus de deux heures pas semaine), ce qui est assez douloureux pour une mélomane. Ma vie sociale en a pris un coup. Mais c'est surtout vis-à-vis du travail et du sommeil que cela a été le plus dur. Nuits blanches à répétition, perte de concentration, d'attention en classe (les acouphènes ont parfois eu raison de la voix professorale).

J'ai pu prendre conscience que mon cas n'était pas isolé, que des centaines de jeunes, des milliers peut-être, avaient connu ou allaient connaître le même calvaire, encore que je considère le mien comme tout relatif en comparaison de l'enfer véritable que peuvent vivre certains parmi nous. Mais ce petit "bout d'enfer"a été pour moi une épreuve indélébile...



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