Limiter les risques de traumatisme auditif

Pour tout le monde :

Et pour les professionnels du spectacle, afin éviter d'handicaper vos spectateurs à vie :

Les bases

Avant toute chose, gardez à l'esprit que nous ne sommes pas tous égaux devant les dB : ce qui peut exploser les oreilles de l'un peut être sans effet sur son voisin. Il faut savoir que vous avez plus de chances de subir un traumatisme auditif si vous vous exposez alors que vous êtes enrhumé ou avez une otite, vous êtes déjà acouphénique, vous avez bu, vous êtes sous l'effet d'un stupéfiant ou d'un médicament vaso-constricteur (qui diminue l'afflux sanguin dans l'oreile interne).

Lorsque vous exposez vos oreilles, il est conseillé de faire des pauses régulièrement dans des endroits où le niveau sonore est plus faible (inférieur à 85 dB). Suivant les sources, on conseille 5 minutes tous les 3/4 d'heures ou 30 minutes toutes les deux heures. Par ailleurs, espacer le plus possible les sorties à haut niveau sonore permet aux oreilles de mieux récupérer. Tout sifflement même de courte durée doit être interprété comme une demande immédiate de repos de la part des oreilles.

Mais même en appliquant toutes ces règles à la lettre, il demeure un risque de dommages irréversibles.

Ces conseils, ainsi que ceux qui suivent,
ne peuvent que limiter les risques.

Quelques idées reçues... contredites !

"Je ne place jamais à côté des enceintes, je ne cours donc aucun risque."
Voila une belle idée reçue complètement fausse. La vérité, c'est que se placer directement à côté des hauts-parleurs augmente sensiblement les risques, nuance.

"Je porte des bouchons dès que j'expose mes oreilles en concert ou en boîte, donc je suis en sécurité."
Les bouchons c'est bien, surtout s'ils sont de bonne qualité, voire moulés sur mesure et munis de filtres (tous les bons audioprothésistes en fabriquent), mais attention, il n'y a aucune garantie si vous vous exposez à des sons plus élevés que 85 dB, et encore moins si vous vous amusez à mettre la tête dans les enceintes.

D'une part, l'échelle des décibels n'est pas linéaire, le niveau sonore double d'intensité environ tous les 3 dB (par exemple, si une enceinte diffuse un son à 90 dB, deux enceintes côte à côte le diffusent à 93 dB). Les mesures d'atténuation données par les fabricants le sont généralement pour un niveau de l'ordre de 60 dB, or une atténuation de 30 dB à ce niveau ne correspond pas du tout à une atténuation du même ordre dans un environnement à 110 dB.

D'autre part, le son, en particulier le son très fort, n'a pas forcément besoin de passer par l'intermédiaire du "trou d'oreille" pour atteindre l'oreille interne, il peut passer par la bouche ou le nez, voire carrément à travers les os du crâne ; dans ce cas, il est difficile de se protéger. C'est pourquoi IL EXISTE DES CAS DE TRAUMATISMES AUDITIFS MALGRE LES BOUCHONS.

Ces réserves étant émises, il est évident que le port des bouchons est un plus qui peut vous éviter le pire, un peu comme le fait de porter une ceinture de sécurité en voiture. Veillez toutefois à les enfoncer correctement et à ne les retirer sous aucun prétexte pendant l'exposition au bruit.

"Et si je mets du coton/du tissu/du chewing-gum/(inscrivez ici la substance de votre choix) dans les oreilles ?"
Mis à part le fait que vous introduire n'importe quoi dans les oreilles n'est pas une bonne idée, car il est possible que vous soyez obligés de passer chez l'ORL pour qu'on vous l'enlève, la protection offerte par ces objets est quasiment nulle. Vous êtes mieux protégés en mettant vos doigts dans les oreilles.

"Je ne supporte pas les bouchons. Ils assourdissent le son !"
Les bouchons spécialement conçus pour les musiciens atténuent le son sans le déformer. Si vous n'en voulez pas non plus, eh bien, nous sommes dans un pays libre, vous faites ce que vous voulez de votre santé... (soupir). Jetez quand même un coup d'oeil sur la rubrique "sauver vos oreilles après un traumatisme" avant de partir.

"Suite à un concert/une rave/une répétition/une soirée en boîte, j'ai un petit sifflement persistant dans une oreille, rien de méchant, maintenant, mes oreilles sont rôdées, et puis de toutes façons j'aime trop ça pour arrêter."
Commencez par lire le témoignage de Georges, 29 ans. Ce sifflement est un premier avertissement, ne le prenez pas à la légère, car les agravations sont souvent irréversibles et tragiques ! Si vous n'êtes toujours pas convaincu, voir le paragraphe précédent.

"Enfin bon, il y a tellement de gros son dans notre environnement, ce problème doit être connu, il y a sûrement des traitements."
Oups. Lisez donc le témoignage de Stéphanie, 26 ans, par exemple... Pour véritablement soigner des dommages à l'audition dus à un traumatisme auditifs, c'est la mise en oeuvre des gestes d'urgence, ou rien. A méditer.

"Mais comment savoir si le niveau sonore est élevé au point d'être dangereux ? On ne peut pas se balader avec un sonomètre !"
D'une manière générale, si le bruit ambiant est tel qu'une personne située à un 1 mètre de vous doit crier pour être intelligible, vous êtes dans un environnement sonore à risque. Ce test est valable aussi pour lorsque vous utilisez un baladeur. Si vos oreilles sifflent après une exposition au bruit, c'est que vous avez séjourné dans un environnement à risque. Si vous avez la sensation que le bruit est TROP FORT, ne restez pas dans les parages. Et a fortiori si vous ressentez la moindre douleur dans l'oreille.

Un autre test pour savoir si vous avez été exposé à un niveau sonore dangereux pour vous est le suivant. Avant la soirée, en roulant dans votre voiture, réglez le volume de l'autoradio de façon à ce que vous compreniez tout juste les paroles des animateurs. Ne touchez plus au bouton du volume. Au retour, allumez la radio. Si vous ne comprenez pas les paroles, c'est que vous avez exposé vos oreilles à un niveau sonore dangereux et que vous subissez une surdité temporaire. Cette surdité partielle peut cependant rester de façon définitive. Si c'est le moteur de votre voiture que vous n'entendez plus, il est grand temps de vous rendre en urgence à l'hôpital ou chez un ORL.

"J'ai une confiance totale dans les ingénieurs du son !"
Tous les "ingénieurs" du son ne sont pas forcément des professionnels formés, totalement conscients des dangers et soucieux de protéger le public (il y en a bien sûr, mais ils ne sont pas nécessairement majoritaires). De plus, bon nombre d'entre eux souffrent d'ores et déjà de déperdition auditives, qui peuvent entraîner des réglages folkloriques du genre aigus boostés à fond : en cas de Larsen, merci du cadeau !

Conseils pour les sonorisateurs, DJ et autres organisateurs de soirées

Quelques conseils et suggestions pour diminuer les risques des spectacteurs si vous organisez une manifestation avec musique amplifiée.

Mettre à la disposition du public des bouchons de protection

Quelle idée GENIALE ! Mais attention aux effets pervers :

  1. Si vous ne donnez aucune information sur les limites de ces protections, le public va se croire invulnérable, ce qu'il faut absolument éviter. L'APTA prépare actuellement des fasicules et des affiches informatives, en attendant, rien ne vous empêche de faire des affiches explicatives de fortune.
  2. Le fait que des bouchons soient disponibles ne doit pas servir de justificatif pour augmenter le niveau sonore. D'une part parce que, n'hésitons pas à le répéter, à haut niveau sonore, la protection donnée par les bouchons est relative, et d'autre part, parce qu'on ne veut pas endommager NON PLUS l'audition des réfractaires à tout ce qui s'enfonce dans les oreilles.

Mettre en place une ou plusieurs "salle(s) de décompression" où le niveau sonore est inférieur à 85 dB

Faire régulièrement des pauses d'une demie-heure dans de tels endroits diminue grandement les chances de traumatismes. Ce serait pas mal aussi d'inciter un peu le public à s'y rendre de temps en temps, et d'en donner les raisons, bien sûr...

Installer les enceintes de façon a faire courir le moins de risques possibles au public

Afin d'éviter que le public puisse se coller la tête dans les enceintes, mettre une barrière physique empêchant de s'en approcher à moins de 3 m, voire de 6 m. De plus disposer les hauts-parleurs en hauteur. En effet, quand ils sont situés au niveau du sol, il y a une perte d'environ 8 dB dans les fréquences basses, que les DJ compensent généralement. Surélever les enceintes, a plusieurs avantages : déjà, cela évite au public d'avoir les oreilles trop près, et de plus, le DJ n'est plus obligé de pousser le son inconsidérément.

Accepter de baisser le son

Si on ne peut s'entendre qu'en criant, le niveau sonore est dangereux. Outre le fait que cela indique que le niveau est déjà très élevé, une personne du public peut se faire endommager l'audition par une autre qui lui crie directement dans l'oreille ! De plus si on ne peut s'entendre qu'en hurlant, tout le monde va s'égosiller, ce qui va augmenter le bruit ambiant, ce qui va pousser le DJ à monter le son, etc. Vous allez sûrement rétorquer que de tels niveaux sonores sont courants. Eh bien nous dirons qu'il est courant que les niveaux sonores soient dangereux et qu'il ne se passe pas une semaine sans que l'APTA ne reçoive des témoignages de victimes de ces pratiques.

Adaptez votre niveau sonore à la taille du local. Respectez le public. Contrairement à ce qu'on entend dire régulièrement, il n'est pas toujours demandeur de niveaux sonores assourdissants. Souvent, il s'amusera tout autant que le niveau sonore soit à 85 dB ou à 100 dB, pourtant, l'un est sans danger, l'autre pas. Parce que le moyen le plus efficace de minimiser les risques, et de loin, c'est encore et toujours de BAISSER LE SON !

Conseils pour les musiciens

Le texte qui suit est librement adapté d'un article en anglais que vous pourrez trouver sur HEARNET. Il concerne les groupes de musique amplifiée en général, et en particulier ceux qui utilisent une batterie.

"Pour une part non négligeable, les traumatismes auditifs surviennent lors de concerts ou de répétitions de groupes amateurs (cf. le témoignage de Samy, 25 ans, par exemple), en raison de l'exiguïté des locaux où ils jouent et en raison de la proximité du public. Des réglages inadaptés sur du matériel souvent conçu pour des salles bien plus grandes, alors qu'une une amplification de 100 watts serait très largement suffisante, contribuent aussi à cet état de fait. Pour peu que le groupe soit ignorant au point de monter le son au dela des capacités des lieux, le cocktail est réuni pour des lésions auditives irréversibles. Plus on augmente le niveau sonore, plus il est difficile pour chaque musicien d'entendre son propre instrument, ce qui le pousse à monter encore le volume. Dans de telles conditions, en cas de larsen, bonjour les dégâts Par ailleurs, la qualité sonore n'à rien a gagner à un volume réglé trop fort. Elle diminue quand le niveau de saturation du local est atteint, le chanteur commence à chanter faux parce qu'il n'entend pas sa voix, et l'ensemble devient complètement confus... Bien sûr, tous les musiciens peuvent porter des bouchons, et, avec de la chance, ainsi sauver leur audition, mais ils continuent de faire courir un risque au public, sans améliorer la qualité du son.

Le premier pas pour éviter un accident est de se munir d'un sonomètre. Il est vrai que ce type d'appareil est plutôt coûteux, et que les moins onéreux ne sont absolument pas fiables. D'un autre côté, d'autres sections de ce site vous auront certainement fait prendre conscience de l'importance d'un tel achat. Tant pis, vous achèterez plus tard ce rack multi-effet mégaréverb ultraoverdrive qui vous faisait tant rêver. Si vous jouez plusieurs heures par jour, il est plus prudent de ne pas vous exposer à des niveaux plus élevés que 90dB. Et même si vous ne jouez que 2 fois par semaine pendant deux heures, 100 dB est un niveau dangereux, d'autant qu'il faut garder de la marge en cas de feedback.

Malheureusement, même si tous les musiciens du groupe coopèrent, il est clair qu'on ne baisse pas le volume de la batterie si facilement. L'idéal serait que le batteur tappe moins fort, mais c'est difficile, et puis certains avanceront que le son est alors passablement modifié.
La meilleure solution consiste alors à assourdir le kit de batterie. Il existe de nombreux dispositifs pour assourdir les toms. Il est possible de disposer un coussin, des torchons ou encore du papier journal à l'intérieur de la grosse caisse. Pour ce qui est des cymbales, on peut pendre une bande de tissu à partir du centre de chacune d'entre elles. On peut aussi installer un écran en acrilyque entre autour de la batterie."

Un conseil si votre orchestre comporte des cuivres : essayez de placer ces instruments en hauteur, et de manière à ce que les sons qu'ils émettent n'arrivent pas directement dans l'oreille d'un musicien.


Document original : http://audition-prevention.org/limiter_les_risques.php

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